Togo : une élection présidentielle qui restera peut-être dans les annales !

Article : Togo : une élection présidentielle qui restera peut-être dans les annales !
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5 février 2020

Togo : une élection présidentielle qui restera peut-être dans les annales !

Le Togo fait partie des pays où on peut se payer le luxe d’affirmer mordicus, sa main (ou sa tête) à couper, les dix doigts dans le feu, qu’on peut nommer les yeux fermés et dans le bon ordre les deux premiers candidats qui remporteront le plus de voix à l’élection présidentielle.

Le premier, Faure Gnassingbe, le président sortant, arrive toujours en tête dans les résultats, avec à peu près les mêmes pourcentages de victoire depuis déjà trois élections. Pourquoi en serait-il autrement pour cette quatrième consultation électorale ? Pour la petite histoire, en 2005, alors que le président de la république arrivait au pouvoir sur fond d’acrobatie constitutionnelle, le soir du décès de son père, des chefs d’état africains, dont le non moins opiniâtre, Abdoulaye Wade du Sénégal, lui ont conseillé de rendre le tablier acquis à la va-vite et de se présenter directement à l’élection présidentielle prochaine. « Je lui ai dit : tu as l’armée, tu as l’argent, laisse le pouvoir et va aux élections. De toute façon tu vas gagner » avait martelé Gorgui sur RFI. Le temps présent continue de lui donner raison. UNIR, le parti de Faure Gnassingbe, a une puissante machine électorale et des moyens qui frisent le « no limit ». C’est comme une recette de Thiebou dieune; ça marche à toutes les sauces. Et ça fait trois mandats qu’au Togo on sait à quelle sauce on sera mangé les soirs d’élection.

Le deuxième est le loup blanc de l’opposition togolaise. Jean Pierre Fabre, leader de l’ANC, grand adepte du radicalisme, fermé aux négociations avec le pouvoir, mais ouvert aux manifestations pacifiques qui elles-mêmes se sont étiolées avec le temps, faute de participants. L’opposant depuis deux élections présidentielles, arrive toujours bon deuxième derrière le champion du parti bleu blanc. Et au sortir de chaque consultation, il navigue entre son siège de parlementaire et quelques manifestations pour haranguer les foules et promettre une victoire qui ne vient jamais. Visiblement, la situation durant et perdurant a fini par avoir raison des espoirs de ses soutiens. Il boycotte les dernières législatives en réclamant une constitution devant faire de l’actuel mandat de Faure Gnassingbe, son dernier des derniers; puis arrive à décrocher in extremis un siège de Mairie à l’issue des dernières élections locales. Preuve de sa popularité ternie, son parti obtient moins de conseillers municipaux que le parti UNIR dans la circonscription où il s’est présenté comme candidat. Il ne doit son élection au poste de Maire qu’aux voix des élus issus du parti au pouvoir. ça pue la bérézina à plein nez. A ce stade, l’homme habitué à être coopté comme leader de l’opposition annonce sa candidature à la présidentielle. Les autres partis d’opposition réunis sous la coupe du prélat, ex archevêque de Lomé, Fanouko Kpodzro ne le soutiennent pas; ils choisissent de présenter contre lui Agbeyomé Kodjo.

Un consensus ?

Que ce soit Monseigneur KPODZRO qui, au détriment de Jean-Pierre FABRE, porte son choix sur Agbeyome Kodjo comme candidat d’opposition coalisant plusieurs partis est une chose éloquente. Tout l’électorat catholique qui est non négligeable et même une bonne partie de l’électorat chrétien peut-être tenté de suivre ce qui s’apparente à une consigne de vote.

S’agit-il d’une opération du saint-esprit ? Une affaire où le seigneur aurait touché dans son sommeil du juste, son disciple Philippe Kpodzro; Un consensus, faute de mieux mais basé sur du « tout sauf Fabre » aurait-il guidé ce choix ? Ou a-t-on vu en l’homme au CV long comme le bras (ancien Ministre, Ancien Président du parlement, Ancien Premier Ministre, Ancien patron du port autonome de Lomé), donc rompu à toutes les hautes fonctions républicaines, l’homme providentiel pouvant faire le poids devant la mastodonte UNIR ? Chose curieuse, Agbeyomé Kodjo et son parti se sont soustraits d’une coalition d’opposition qui demandait l’alternance ou rien; pour montrer des signes d’ouverture à l’endroit du pouvoir. S’il est l’homme indiqué pour représenter aujourd’hui une coalition d’opposants ayant mis à l’écart l’ANC, que faut-il comprendre ?

Ce qui doit pouvoir rendre intéressante cette élection à venir, ce n’est pas tant la victoire annoncée de Faure Gnassingbe. Le peuple y est presque préparé, il s’y est habitué, il s’en est même désintéressé. C’est le candidat qui arrivera deuxième à la présidentielle qui fera l’objet de toutes les attentions. Si pour la première fois depuis deux élections, ce n’est pas Jean Pierre Fabre qui se retrouve sur cette deuxième marche du podium, c’est que le peuple Togolais se sera découvert une maturité politique. Désabusé de la chose radicale, du tout ou rien, du non exclusif, en politique, les togolais se mettraient à prononcer l’heure du décès, voire même l’oraison funèbre du parti ANC; et renvoyer son leader, le temps de son mandat d’élu local, aux célébrations de quelques mariages, si des mariés veulent bien de lui.

Cela donnerait à coup sûr, un autre visage à la scène politique de notre pays, bien loin du manichéisme auquel l’antagonisme GNASSINGBE/FABRE l’a si bien habitué, l’a si bien lassé. Il est presque regrettable, qu’une telle union de l’opposition ne se soit pas faite au moment des législatives. L’Assemblée Nationale aurait été le siège de débats bien plus passionnants et bien plus pertinents.

Que le meilleur deuxième gagne !

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