Le salaud amoureux… d’une « A Kagni dèh »

Je suis conscient de tordre le cou à la francophonie, porteuse de la langue française, tel un Evangile répandu à tous à travers le monde;  « A Kagni dèh », juste au cas où vous ne l’avez pas remarqué n’est pas une expression française. En même temps, si la directrice de la francophonie a un prénom américain, Michaëlle… Ce ne sera pas ma faute, si les Molières (et les oscars ? mince encore aux Etats-Unis), les Hugo, les « Verlaine » et même les pas très beaux « baudelaire », les proches cousins, parents, alliés, se retournent dans leur tombe tels des marrons au feu ? non, disons tels des méchouis aux flammes…

« A Kagni dèh », expression consacrée dans une pub à la télé. Le saviez-vous ? Riches bazins, jolies femmes, pour bien faire ressentir la chose traditionnelle africaine. Personnage principal silencieux, se contentant de hocher la tête ou sa belle barbe blanche. Il a de quoi se réjouir (ou jouir tout court) puisqu’il est seul homme (mâle) submergé par un nombre incalculable de femmes aux belles formes rondes et roulantes, dansant en cercle autour de lui… un homme heureux comme on n’en fait plus… – la mort de la polygamie – bientôt ils vont interdire la polygamie de mes pères… de mes pères d’indépendances, de mes pères de la nation aussi (tu disais qu’Eyadema avait combien de femmes déjà ?).

Le retour après la pub.

Bon, alors, « A Kagni Dèh », vous avez compris ? Bah moi non plus.

Sauf que comme je suis un salaud et que je ne fais que ce que les autres ne font pas, bah, il ne m’arrive que ce qui n’arrive pas aux autres. ( Combien de fois avez-vous lu cette phrase avant de pouvoir la finir correctement ? 😈 😈 😈 ).

Les matins du salaud sont 5 jours sur 7 (les jours ouvrés) réservés chez Diallo. Chez Diallo, Un restaurant ? Un salon de thé ? (lol, vous me prenez pour Trysha, cette blogueuse-mode non mondoblogueuse, mode bon chic, bon genre, belle gueule, belle bouille et « oh, je suis allée dans un salon de thé avec mes copines, on avait toutes porté des louboutins rose« )…

Non, Chez Diallo, est une cafette; ou comment vous appelleriez une baraque bleue, sale, en contreplaqué pas laqué déposé contre le mur d’une gare routière. Chez Diallo, tasses de thé crasseuses, oeufs au plat garnis de condiments douteux, what-else? Le jour où je veux tuer Trysha, je sais où organiser son meurtre… Un petit meurtre d’Agatha Christie ? sur France 2 ? Une indigestion qui ne tuera qu’elle, et pas les autres ? les tue ? laitue ? – non, salade, connard !

Gare routière à présent !  celle d’où déboulent des voyageurs venant du Niger et du Mali. Rien que ça ! Emmenés en gros, voire même en détails (voire en bétail) par autobus préhistorique, en nombre pléthorique, les hommes, les femmes, les enfants et autres marmailles émergent à la surface par l’entrée/sortie de la gare, les cheveux et les barbes en bataille, tous les jeudis matins (jour d’arrivée des cars du Mali et du Niger m’a dit Diallo).

Sauf qu’aujourd’hui, je n’ai vu que des bazins en sortir. Des bazins chutant sur des hanches en amphore, roulant sur des derrières, déhanchant avec les bassins tels des éléphanteaux pendant que les pieds des bipèdes femelles qui les portent, arpentent l’un après l’autre, le macadam. Femmes en bazin, probablement originaires d’Afrique subsaharienne, mais juste après le Sahara; femmes riant, piaillant, tel Salif Keïta chantant N’Toman avec Africando.

Les dames sahariennes qui marchent dans leur bazin en produisant un froufrou doucereux à l’oreille s’asseyent au comptoir de Chez Diallo. Je les ai pratiquement dans ma face. J’adore regarder les femmes passer le matin, mon postérieur posté (posé ou posté) sur un des tabourets de la cafette bleue; enfin presque… Mais aujourd’hui, je suis au comble de ma pasionaria. Elles sont assises en face de moi. Un arrêt sur image sur commande. La première, à gauche, bazin jaune, bavarde à tout va, un débit de paroles en ADSL2+, réclamant un thé Lipton à tue-tête, à tue-tympan, les dents pas blanches, je ne saurais d’ailleurs dire la couleur, les yeux noirs, le blanc de l’oeil strié de vaisseaux rouges, et le teint blafard, résultat d’une dépigmentation accélérée en desquamation de la peau. Oh l’horreur; je vais gerber. Avec un peu de malchance, des serpents vont se mettre à danser sur sa tête (pour qui siffleront-ils ? – Pierre Corneille – Cinna). Alors je baisse la mienne, regardant dans l’abîme noire de mon café fumant. Puis j’entends un rire, je relève la tête, je croise un autre regard; elle vient de s’asseoir, un sourire empreint? non, rempli ! rempli de générosité, la dentition pas très alignée, mais bon, la mâchoire supérieure étant légèrement en avant par rapport à l’autre, des lèvres très charnues, trop charnues. Sur leurs commissures, les brisures de mes baisers ? Elle a les yeux d’un personnage de manga, et un teint clair, sans hydroquinone, sans décapant, sans rien. Le teint clair du nord du Niger, envoûtant, comme si toute son enfance, le kiné de son village passait un philtre d’amour sur sa peau. Dans ma tête, des envolées lyriques de phrases qui corrompent  l’esprit quand on s’éprend d’une femme :

– J’avais succombé à son charme;

Je voulais me noyer dans l’océan de ses yeux;

elle avait des yeux revolvers; yeux revolvers, voire fusil à canon scié;

ou encore cette phrase du grand philosophe ghanéen Sarkodie « This girl you go kill me oooooo« .

Quand nos regards se sont croisés, elle avait, aussi rapidement que pudiquement, baissé ses yeux. Puis elle avait relevé la tête; et nos visages se refirent face; nos regards étaient unis dans le même espace aérien, les foyers de nos vues se chevauchaient, nous nous prenons, nous reprenons, nous éprenons, nous méprenons, mais nous ne nous comprenons pas. Des petits sourires adressés d’inconnu à inconnu; sur fond de sentiments connus. A un moment donné, les autres poulettes qui caquettent en bazin, se mettaient même à nous observer; grosses violeuses d’espace aérien de deux regards d’amoureux foudroyés par à-coup ? L’une d’entre elles avait lancé un truc en Salif Keïta en me regardant. L’autre, la connasse sans teint avait répondu. J’avalai mon café et m’éclipsai.

Où qu’elle soit, je crois que nos ébats sans fil, Bluetooth ou WiFi, lui auront laissé un souvenir comme celui dont l’encre me permet d’écrire une histoire sur mon blog en mal de billets.

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Eteh Komla ADZIMAHE
Le méchant qui se repose. Ecrivant à l'envi et par envie. Sujets où relever un peu de bêtise humaine. Retourner le fumier dans la terre pour obtenir de belles récoltes.
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9 Comments

  1. Cyrille K. NUGA
    1 novembre 2015
    Reply

    « …nous nous prenons, nous reprenons, nous éprenons, nous méprenons, mais nous ne nous comprenons pas ». De l’art, comme toujours, je sens que ta crise de l’inspiration à toi n’est pas très prononcée. Et sinon à titre d’illustration t’as un des tous derniers sons de Gadji Céli, avec une délicieuse demoiselle dont j’oublie le nom d’artiste, eux aussi ne se comprenaient pas, amour…coup d’un soir.
    Monsieur le salaud, ayez l’amabilité, ceci est une requête (à défaut d’être un bilet) , de nous placer ce widget « s’abonner à la newsletter ». Cordialement,

    • Eteh Komla ADZIMAHE
      3 novembre 2015
      Reply

      ahahahaha, ce qui est intéressant, tout en étant paradoxalement renversant, c’est que l’un des plus grands experts en réseaux sociaux du Togo, Juriste de son état, grand juré des blogs, parle de widget au IT que je suis. Ah lala ! en même temps, ne suis-je pas un IT dépassé, voir compassé (comment j’écris mon compassé ? con et passé ? 😯 ) Je te jure d’y penser, dès que la connexion internet est de retour chez moi… c’est à dire ce weekend à coup sûr. N’oublie pas que toi et moi, nous nous penchons très prochainement sur le féminisme, avant qu’une certaine Zarifette ne se mette en tête de nous émasculer…

  2. Guy Muyembe
    2 novembre 2015
    Reply

    Un salaud amoureux!!! Tiens je suis rassuré car ça n’arrive Paz qu’à moi.

  3. 12 avril 2016
    Reply

    « A kagni dei » traduction dans notre français local « c’est bon dei » juste pour flatter ton amour des belles rondes. Salaud mais africains dans c’est goût et le pire peureux.

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