Bon Baisers de Glidji (From Glidji, with love) – Le Yèkè-yèkè Blog

L’avez-vous déjà connu? Ce bonheur sans mélange qu’est la dégustation du Yèkè-yèkè originel fait-maison-glidjienne. Il faut pour cela,  se rendre à Glidji et se faire inviter chez un habitant se préparant à célébrer le nouvel-an Guin. C’est ce qui m’est arrivé; et  c’est que je m’efforce tant bien que mal de rendre ici par écrit ; le bonheur se trouvant finalement _ dit-on souvent_dans ces choses simples?

Avec deux de mes amis, nous avions établi nos quartiers dans la petite ville du Royaume Guin. Nous étions le Samedi 20 Septembre; deux jours après la prise de la pierre sacrée . Le Togo sous le Drapeau Allemand de Hienrich Klose _ ma lecture de ce moment_ m’avait fait découvrir quelques jours plus tôt qu’à la fin du 19ème siècle, le nouvel an chez les guins avait été surnommé BLACK CHRISTMAS par la centaine de commerçants européens établie sur la côte togolaise.

Le Togo Sous le Drapeau Allemand (1894 – 1897) – Heinrich Klose – Extrait-Capture/Page75

Black Christmas

La beauté durable de ces moments de partage agréables autour du yèkè-yèkè hautement appréciable m’ont amené à blogger affable ; mais dès les premières lignes j’ai bloqué, minable. Suis-je irréparable?

Ensuite j’ai commencé par blogger sur elle dans ma tête. Elle que j’aime tant. Bien moins que mon Dieu mais bien plus que moi-même. Elle, l’amour de ma vie de ces derniers temps…Sur elle, j’ai voulu blogger et là, oh surprise, j’ai débloqué…

Deux ans et quelques mois que je l’aime… Sur la durée, je ne peux être plus précis. Le temps qu’ont pris mes sentiments pour germer, bourgeonner et éclore souffre de concision. Quand on aime, on ne compte plus ? On compte ses sentiments lorsqu’on ne compte plus ? On ne compte plus soi-même lorsqu’on conte fleurette ?

Un matin au bureau, Hans Justinov (vous le connaissez si vous avez lu un peu de BEER 2 BEER sur mon Blog 2 Blog) arrive, tout inspiré. Nous sommes amis depuis au moins trois ans, voire plus si affinités. Quand il se prépare à m’envoyer une vanne-missile, je le ressens dans ses yeux rieurs. C’est ainsi que voyant les tournures heureuses que prenaient mon histoire d’amour, il m’indiqua clairement qu’à l’image des élections cantonales, sénatoriales ou locales dans un pays, moi je revenais comme Nicolas Sarkozy me présenter aux élections sentimentales de celle dont je suis amoureux. C’est une vanne de génie, il a fait du #DEGROODT sans bière, je vous prie ! Croix de bois, croix de bière si je mens, je la bois entière.

S’il y a une limitation dans l’amour, elle n’est pas de vous, mon Dieu, mais des hommes – André Gide, La Symphonie Pastorale…

Je viens de débloquer le yèkè-yèkè blog. Ah l’amour… enfin bref!  Vous êtes prêt ? Je vous fais le roman non moins intéressant de mon passage à Glidji…

Voici le décor tel que j’ai pu le planter; il est tout simple; un peu paresseux même (en même temps c’est normal, c’est un « salaud » qui écrit). On n’a pas besoin de trop vous expliquer de toute façon. Pour les « curieux mystiques », faites un tour par les liens à la fin de l’article, pour « savoir et comprendre »…

Le Royaume des Guins, célèbre le kpessosso; littéralement « prise de la pierre« . Les tenants de l’ordre spirituel et mystique ont une fois de plus lu dans la couleur de cette pierre-là (très sacrée nous dit-on), pour nous révéler le très prochain avenir du pays; voire annoncer la couleur des couleurs (puisqu’il ne s’agit que de ça) de l’année qui vient.

Prise Pierre sacrée

Film d’arrivée

La succession de routes sinueuses et cahoteuses qui mènent à Glidji avaient fini de retourner nos petits déjeuners dans nos estomacs respectifs. Avec Justin et Pascal, natifs du milieu, j’essayais désespérément de me remettre des crampes stomacales et émotives éprouvées non sans courage mais avec beaucoup de détermination. Nous traversions la piste en latérite jusqu’au rond-point de Dokitakondji (litt. Centre de Santé Moderne avec docteur).

Justin au volant de la Volkswagen Passat pila d’un coup. Il s’arrêta dans un crissement de pneus. Le sol gravillonné ajouta un peu d’effet sonore au freinage brusque ! C’était presque comme au cinéma. En face, une foule éparse et disparate, vêtue de blanc et mue par une course à pied, prenait d’assaut la voie. Les femmes et les enfants en tête ; Les hommes moins représentatifs du groupe de coursés, apparaissant, armés de longs couteaux.

Mes amis et moi étions plongés dans une torpeur indescriptible. Nous demeurions tétanisés et stupéfaits (si tu peux tu fais? #petityode); médusés par la horde qui accoure; limite, prêts à être changés en statue de sel. Nous prononçâmes sans nous en rendre compte un « qu’est-ce qui se passe » en chœur. Impossible de faire marche arrière. Des voitures s’étaient innocemment alignés derrière la nôtre. La foule, elle, se rapprochait par devant nous, témoins impuissants. Un cross-village, mini-marathon cadencé aux 100 mètres-plat.

Les hommes aux longs couteaux guettaient ostensiblement quelque chose qui arrivait. Nous n’avons pas le temps d’affiner notre déduction qu’un bélier blanc fend la foule à toute vitesse. La laine blanche couvrant son cou est maculée de sang. Derrière lui, arrive un autre homme torse nu, drapé d’un pagne blanc et portant un tam-tam. Toute son attention est focalisée sur ce bélier qui s’est retrouvé en tête du groupe d’humains. Pour faire de l’humour, histoire de détendre un peu mes deux amis, je leur demandai si nous avions affaire à un « bélier de panurge » ? Mais c’était comme la drôle de guerre des années 40, cela ne fit rire personne.

Notre bélier, le cou ensanglanté, s’arrête un peu après le rond-point. Ses yeux sont injectés de sang. Le porteur de tam-tam se poste face à l’animal et ferme ses paupières comme pour se concentrer. Il commence par percuter la peau tendue de son instrument. Un rythme est doux et lent. Nous sommes aux premières loges. A travers le pare-brise, nous apercevons le bélier au cou rougi se mettre à exécuter des sauts rythmés. « Il danse » nous confie Justin à voix basse. Mon ami devait penser que le bélier pouvait l’entendre ; malgré notre distance quantifiable au-delà du respectable ; malgré les portières fermées et les vitres remontées.

Le bélier soulève ses pattes de devant, les yeux dans le vague puis se laisse choir au sol. Le son du tam-tam diminue ; Un decresendo qui appelle à la tristesse. La foule fait silence. Le bélier a l’air de s’endormir  ; Couché sur le côté, ses yeux deviennent vitreux; La bouche ouverte bave; sa langue est pendante; frôlant-goûtant l’herbe rare de la piste rougie de latérite. (Son dernier repas)? Le bélier se meurt. Les hommes au couteau, sont des prêtres sacrificateurs; ils se saisissent – à chacun sa patte – du bélier mort. Ils le brandissent en l’air sous les cris exaltés de la foule. Ils se retournent et prennent la direction du palais royal de Glidji, suivi par la horde blanche en liesse.

C’est « Fleuve », le cousin de Justin qui nous raconte par après l’évènement ayant abouti à cette mise à mort musicale.

« C’est une cérémonie mystique organisée à l’occasion du nouvel an guin. Elle se déroule devant la case tout aussi mystique érigée par les premiers rois guins de la fin du 17ème siècle. Devant cette case à gris-gris, des prêtres sacrificateurs tuent un bélier. Son sang est coulé sur les principaux fétiches dans la cour du palais; puis son corps est reposé au sol devant le tam-tam là encore mystique. Les bords de la membrane en peau de bête, portent des crânes humains. Ce sont les têtes des guerriers tués par Assiongbon Dandje, deuxième roi de Glidji, grand aficionados des guerres de conquête. Toute l’assistance, les jeunes, les moins-jeunes, les plus jeunes, n’ont d’yeux que pour le bélier mort. Le joueur de tam tam s’approche de l’instrument. En face, gise le corps sans vie du bélier blanc. Il ferme les yeux comme pour se concentrer(il fait ça tout le temps lui?). Il se met à jouer un rythme calme mais dansant. Quelques enfants dans l’assistance exécutent des pas sur place. Pendant cinq minutes, rien ne se produit. Puis le corps gisant de l’animal reprend vie ! Le tam-tam ressuscite le bélier. Son cou entaillé laisse apparaître la crevasse béante d’une plaie. Pourtant l’animal se lève, bondit sur ses pattes et retombe. Il se relève, ses pattes de devant en l’air, comme mû par un esprit. C’est là que tout se gâte ! A un moment donné, le percussionniste ne maîtrise plus son feeling ! L’esprit des ancêtres l’habite ! C’est alors que le bélier retombant encore sur ses pattes démarre une course effrénée, traversant l’assistance. Plusieurs personnes tombent à la renverse. Ils sont terrassés de surprise et de peur. L’animal qui a vaincu la mort, quitte le palais royal ventre à terre, suivi par la foule qui vous surprendra quelques secondes plus tard à Dokitakondji » !

Nous étions heureux ! Heureux de connaître la cause profonde, voire même mystique et spirituelle de la mort par deux fois, du bélier blanc de Glidji. Nous voulions assister à une fête traditionnelle, eh bien, nous-y-voilà.

Justin Mondenou Togbossi_l’homme qui au volant de sa voiture, rencontra le bélier ressuscité_est le fils de l’ancien régent du trône de Glidji. (Eh oui, j’ai des relations haut placées là-bas). Il nous (Pascal et moi) convie à faire un tour dans la maison de son père ancien dignitaire du trône ; aujourd’hui décédé. En entrant dans la première cour de la maison, nous tombons encore sur des tam-tams. Pour taquiner Justin, je lui demandai rapidement : « Où est le bélier ? Vous avez-vous aussi un bélier à zigouiller et à ressusciter » ? (je suis infernal, je sais). Il se permit de sourire. En approchant du milieu de la cour, où sont installés là encore des hommes en blanc, coiffé d’un couvre-chef blanc, signe distinctif me dit-on des prêtres vaudou, nous entendîmes le tam-tam retentir. Les prêtres nous souhaitaient la bienvenue. Justin dirige la marche. Nous le suivons à pas respectable. Il s’approche d’une calebasse remplie d’eau et d’herbes, posée à même le sol, devant les percussions. Celles-ci continuaient de résonner. Justin  laisse tomber dans la calebasse eau et herbe, quelques pièces de monnaie. En profane, nous demandâmes si nous pouvions faire pareil. Il acquiesça. Quand je m’approchai de la calebasse, le rythme changea. Comme si le percussionniste jouait un son différent en ma présence… Etant sûr de ne pas être mort depuis ce matin-là, je n’avais pas peur de me revoir ressuscité! Je laissai tomber une pièce (modeste fortune…). Pascal fit de même, et là encore, en sa présence face à la calebasse, le rythme changea! Les prêtres nous invitèrent à passer au salon et à nous faire servir de l’alcool et du Yèkè-yèkè. Ils prononcèrent à l’endroit de Mondenou un bref discours l’autorisant à se servir comme il pouvait. Notre ami est le dernier né de la famille. Tout pouvait lui appartenir; il avait le droit sur tout ce qu’il voulait, ainsi que le veut la tradition.

Justin chez le régent

–          Pourquoi nous a t-on tous joué des rythmes différents ? Ils voulaient qu’on danse à tour de rôle ou quoi ?

Justin se fendit dans un rire indescriptible. Il est heureux de me savoir avide de culture guin :

– En fait, le son du tam-tam qu’ils m’ont joué est le nom de mon père. Egavo le kplon nti, detugbiwo bidji. Littéralement : « Il n’y a plus d’argent sur la table, les belles se fâchent… »

–   Bah et nous alors, ils connaissaient le nom de nos papas aussi, tes joueurs de tam-tam ?

–  Non, je ne pense pas. Ils ne vous connaissent pas, alors ils vous ont trouvé, peut-être prêté des noms pour la circonstance. Mais je ne peux pas t’en donner l’explication, je ne comprends pas tout ce qu’on joue.

Mince alors, je ne connaîtrai jamais mon nom tam-tam…

« La yèkè-yèkè Connection »

Epe-Ekpe est le Nouvel an Guin. Entre le mois d’Août et de Septembre, la nouvelle lunaison permet de connaître la date où la pierre sacrée sera prise. Cette pierre au gré de sa couleur permet de savoir ce que l’année nouvellement entamée réserve à tout le peuple.  La pierre est prise dans les confins aquatiques de la forêt sacrée. Elle a viré pour cette année au blanc pur. Selon les prêtres, cela augure d’une bonne année ; sans grands maux. Même l’épidémie d’Ebola qui sévit dans la sous-région (Libéria, Sierra Leone) n’arrivera pas jusqu’aux frontières du Togo.

En quête d’explications simples et accessibles, je m’approchai des têtes blanches de Glidji. Ces dernières sont connues pour détenir la vérité intangible par-delà le fait même qu’elle est inattaquable.

Têtes blanches de Glidji

Je procède par des petites questions… comme Christophe Boisbouvier (L’invité d’Afrique Matin sur RFI).

Exemple : Pourquoi votre fête s’appelle Yèkè-yèkè ?

Et comme il arrive au journaliste de se faire rabrouer des fois par ses interlocuteurs (« Mais Monsieur le journaliste, je ne comprends pas votre obstination à me poser cette question » !) bah je me suis fait admonester par les vieux sages guins !

L’un d’eux, secoua doucement sa tête blanchie par sa longue existence terrestre. Les paupières closes, il avait pointé l’index en l’air, un demi-sourire au-dessus du menton. Il détachait chaque syllabe :

on ne dit pas Yèkè-yèkè ; on dit Yaka-yoken !

La traduction littérale donne : « Ils l’ont servi en abondance ». Yaka = Abondance ; Yoken : Ils l’ont servi. C’est d’ailleurs comme ça qu’il faut le manger. Manger sans se soucier de ce qui tombe par terre. Cette partie qui se répand sur le sol, retourne aux ancêtres.

Quoi ? M’écriai-je silencieusement dans ma tête ! Vous les guins, avez déjà préparé à manger en abondance !?!

On aurait dit que l’une des têtes blanches lisait dans mes pensées par le truchement de mes yeux interrogateurs (mes pupilles dilatées dessinaient des points d’exclamation sur mon blanc de l’œil ?).

L’homme m’explique, que le Yaka-Yoken est préparé à tour de rôle par les maisons (les foyers) de Glidji. Cette semaine, c’est le tour d’un nombre précis de maisons ; le week-end prochain, d’autres familles en prépareront et inviteront voisins et autres maisonnées de la contrée pour partager ce met fumant et si appétissant (il parle en connaissance de cause).

L’index est alors repointé en l’air :

« Si tu prépares du Yaka-yoken chez toi et que tu ne reçois pas suffisamment de visiteurs durant le nouvel-an, c’est qu’il y a un problème entre toi et le reste de la communauté. ça te donne à réfléchir; tu pars en quête de réponses en t’adressant aux sages. Si tu as offensé quelqu’un, grâce à ce partage du Yaka-yoken, tu feras la paix avec lui« .

La communauté guin a donc le sens du partage. Longtemps pointée du doigt comme l’ethnie la moins encline au « mécénat alimentaire », cette tradition du Yaka-yoken vient conjurer le mythe comportemental dont on l’a lamentablement affublé. Le guin partage ! Mes amis et moi avons mangé dans trois familles différentes avant de démissionner à la quatrième maisonnée qui nous invitait. Devant notre désarroi d’invités repus, on nous chargea quand même les bras de Yaka-Yoken à emporter et à partager avec nos familles respectives à Lomé.

C’est aussi parce qu’on a été envoûté par la cuisine « Glidjienne » (et les belles lianes dans les cuisines… merci de faire du bruit en silence) que nous avons raté une visite au Musée de la ville. Nous nous empiffrions de viande de canard ici et de mouton par-là.

La première capitale du Togo (c’était durant la colonisation allemande), Zébé, est à quelques encablures de Glidji. La petite ville (très petite, une bourgade même) a abrité les premières constructions allemandes au Togo vers la fin du 19ème siècle ; dont notamment les premières écoles du pays, que je voulais absolument voir. Abandonnant le Yaka-Yoken et la bière qui l’arrose, j’ai faussé compagnie aux prêtres de la forêt sacré (et il faut l’faire !)  pour retourner à l’école.

Prêtres Vaudou

L’école Primaire de Zébé,première école primaire publique du Togo.

Il nous est difficile, mes amis et moi, de retrouver une trace écrite livrant son année de création. C’est peut-être cet extrait  livre du roi AGBANON II de Glidji : « Histoire de Petit Popo et du Royaume Guin » qui nous laisse la seule preuve viable de sa construction juste après le début de la colonisation allemande.

Histoire de Petit Popo et du Royaume Guin – Fio AGBANON II – Extrait-Capture Page 114

Ecole de Zébé

De nos jours,  l’éducation scolaire a fait son bout de chemin au Togo. Mais combien sommes nous à savoir que c’est probablement ici que tout a commencé.

Pascal qui m’accompagnait me rappela qu’il y a fait ses classes.

Ecole de Zébé

On raconte même que la cloche d’époque a été complètement avalée par le tronc de l’arbre auquel il fut accroché. Nous avons donné un coup à ce qui en restait et le bruit pas très distinctif du métal qui ne vibre plus, nous parvint à l’oreille. Si j’avais un peu de larme à l’œil, j’en aurais pleuré.

Pascal se rapprocha de son ancienne classe de CM2. Il me montra de la fenêtre sa place dans la classe.

La classe de CM2 de  Pascal

Il n’est évidemment pas sûr que ce soit le même banc mais au moins c’était sa place. A côté de lui, une fille aujourd’hui cadre dans un Ministère. Devant lui, un garçon, aujourd’hui aux Etats-Unis. Des souvenirs des années 80 qui remontaient à la surface de son crane portant désormais quelques mèches de cheveux argentés (poivre et sel ? ou assaisonné? j’en ris pou ne pas en pleurer).

Retour à Glidji pour visiter une autre école de l’époque coloniale allemande. La cloche est intacte. L’inscription « BOCHUM 1893 » est encore visible. Elle aura résisté à l’air et au temps ; A l’air du temps. Érigée à côté de ce qui serait le premier terrain d’aviation (là encore) du Togo, cette école aujourd’hui en délabrement est cette année à sa cent vingt-et-unième rentrée ! Rien que ça !

Bochum 1893

Pascal me confie qu’il ne comprendra jamais ce qui fait la solidité des œuvres allemandes de l’époque. En 1979, les autorités togolaises auvaient voulu faire détruire certains de ces bâtiments coloniaux pour en reconstruire d’autres. Son école en faisait partie. Les responsables des travaux ont vite abandonné le projet, impuissants qu’ils étaient à casser les murs dressés par le colon allemand. Ils auraient fini par effectuer un simple crépissage sur les briques en terre rouge qui avaient servi à ériger les murs.

Bâtiment Ecole Zébé

C’est aussi le cas des meubles que je découvre dans certains salons des maisons de Glidji. Roméo, l’un de nos hôtes qui nous accueille pour partager son Yèkè-yèkè m’explique que le père de Justin et celui de Pascal (les deux amis qui m’accompagnent) étaient menuisiers (et amis eux aussi). Ils travaillaient pour les TP (Travaux Publics) de la Préfecture des lacs, dont le siège était précédemment à Zébé. La particularité de leurs ouvrages se retrouvaient dans ces meubles d’époque, conservés jusqu’à ce jour. Une technique là encore allemande consistait à assembler les armatures formant le meuble sans utiliser de clou ! J’en étais crucifié d’étonnement. La technique spéciale utilisée pour clouer deux bois tenait du spiritisme ? Les menuisiers d’époque taillaient leurs propres clous dans le même bois que le meuble qu’ils allaient assembler. Des interstices étaient ensuite creusés dans les bois à assembler. A l’aide de son marteau, le menuisier retenait sa respiration puis frappait à petits coups rythmés sur le clou de bois à forme conique. Un peu de colle était ensuite ajouté pour combler les vides et solidifier l’assemblage. De mémoire de grand-mère et des tantes de Roméo, ces meubles n’ont jamais souffert du temps qui passe. Aucun travail de réfection n’a jamais été effectué pour leur conservation. Ils traversent les époques sans se détériorer ; à l’image de la charpente encore intacte (là aussi sans clous) du marché abandonné de Glidji. Ses poteaux et sa toiture se dressent fièrement au bord de la voix passant devant la maison du Chef SEDEGBE de Glidji, et menant à « Chez Nous », le bar où nous arrosons une dernière fois la dune de yèkè-yèkè dans nos estomacs respectifs.

Nous avons quitté le Royaume Guin, les émotions plein la tête, le bonheur dans les yeux, et du Yèkè-yèkè plein le ventre. L’amour de ma vie de ces derniers temps m’attendait… l’idée de lui communiquer un peu de bonheur et d’amour Guin ruisselant par tous les pores de ma peau, ne pouvait pas me déplaire… Ni elle, ni moi, sommes guins ; Mais si les vertus célestes de ce peuple qui a toute mon affection m’entendent, je prie silencieusement qu’elle devienne un jour l’amour de ma vie tout court et sans détour.

Mes remerciements à  :

Justin Mondenou TOGBOSSI et à toute sa graaaaaande famille qui m’accueillent à Glidji, avec beaucoup de sourire et du bonheur plein les yeux. Ils m’ont plusieurs fois confirmé que « le bonheur se trouve dans les choses simples ».

Pascal LAMBONI, pour les photos durant notre escapade Glidjienne. Il y avait ce Yebessessi inoubliable qu’on a mangé en fin de matinée dans ta famille à Zébé, avant de commencer la tournée des Yèkè-yèkè… J’espère que tu te portes bien depuis ton retour au Gabon.

Rolande Aziaka, dont j’ai piqué (oh la honte) quelques photos sur son mur facebook. (je prends la fessée quand tu veux…)

NB : Pour les lecteurs qui voudront s’imprégner des différentes étapes de la célébration du nouvel-an Guin, s’étendant sur trois mois, vous trouverez ici, les liens qui vous rattachent à ce bout d’histoire et de culture qui m’a passionné.

GLIDJILINKS

http://www.glidji-kpodji.tg/epe%20ekpe/index.html

http://www.lomeinfos.com/2014/09/epe-ekpe-352eme-edition-la-pierre-est-blanche/

http://salaudlumineux.wordpress.com/2014/10/05/noms-et-naissances-de-glidji-attributions-faites-suivant-les-naissances-au-sein-des-clans/

http://books.google.tg/books?id=PuilAercSzsC&pg=PA181&lpg=PA181&dq=y%C3%A8k%C3%A8-y%C3%A8k%C3%A8+plat+glidji&source=bl&ots=vvFLnP-HYI&sig=M4OwSCyJ7mLQygkUHJXypqpklNk&hl=fr&sa=X&ei=G6AnVJv8J9Lgau2dgcAM&ved=0CEcQ6AEwBg#v=onepage&q=y%C3%A8k%C3%A8-y%C3%A8k%C3%A8%20plat%20glidji&f=false

http://paristimes.net/afrique/glidji/glidji_2.html

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4 Comments

  1. Emmanuel Vitus
    1 octobre 2014
    Reply

    Cet article me rappelle la couverture médiatique de cette fête à Glidji en 2012 pour le compte d’une agence de presse pour laquelle je travaillais à l’époque. L’on a quitté les lieux à coup de jets de pierre. C’était un cafouillage total. Mais Glidji, ça donne de très bons souvenirs. J’ai vraiment apprécié le contenu de l’article, mais on peu long. À l’avenir j’aimerais le lire en épisode l. Bon courage

    • Eteh Komla ADZIMAHE
      adzimawhite
      1 octobre 2014
      Reply

      merci Emmanuel. Effectivement il est assez long. C’est triste, mais je parle plus de ce qui m’a plu à Glidji sans toutefois espérer que mes sentiments ne soient partagés. C’est pour cela aussi que j’hésite franchement à twitter et à l’publier sur facebook. Craignant d’essuyer des « c’est trop long ». Mais bon, à un moment donné, je vais accepter de me faire péter la gueule… ça m’apprendra… lol

  2. renaudoss
    renaudoss
    11 octobre 2014
    Reply

    Excellent! voilà un article fort utile et passionnant un gars comme moi qui n’a pas pu faire le déplacement (ni pour la cérémonie de la pierre, ni pour le nouvel an) … C’est long mais c’est à la mesure de l’événement, on en perd pas un miette, de son clavier, des embruns suaves de la plage, ou des chants chargés d’histoire, ou du sable croulant sous le poids du temps et de l’héritage de Glidji! Quelque part, on a envie de dire « Vivement l’année prochaine »

    • Eteh Komla ADZIMAHE
      11 octobre 2014
      Reply

      l’année prochaine, on y retourne ensemble et c’est toi qui écrit ! oéééééééééééé !!!

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