Au Togo, les manifestants ont déjà fait leur choix

Le besoin de changement.C’est un sentiment humain ressenti de manière général chez tous les peuples L’histoire américaine demeure un exemple vivant. Pour des immigrés européens venus de différents pays, avides de ne pas répéter sur les mêmes erreurs politiques sur la nouvelle terre promise qu’était l’Amérique, une constitution solide avait été écrite par les 55 pères fondateurs des Etats-Unis. Le peuple ayant la liberté de porter le choix sur tel ou tel candidat, on a vu dans la succession présidentielle, le pouvoir passer d’un parti à un autre pendant 45 présidences différentes. A chaque fois le peuple a acté le changement. Il s’est comporté comme un grand enfant, voulant tout (pendant un mandat) et son contraire (pendant un autre mandat). Les démocraties européennes ont d’ailleurs pris la même succession présidentielle multicolore, passant le pouvoir d’un camp à l’autre, une fois qu’ils ont installé des républiques, ou des royaumes à régime parlementaire. Ces peuples occidentaux n’en sont sortis qu’épanouis.

Il est donc légitime que le peuple togolais à l’instar d’autres peuples africains, invoque le changement, l’alternance, une autre figure de leader.

Seulement, dans le cas Togolais, la stratégie marchante où les acteurs sont des manifestants dispersés par la force de la loi (écrite par les « disperseurs ») est-elle la voie royale pour aboutir au changement?

Le Double-Mérite du PNP

C’est un parti politique dont les détracteurs aiment à soulever la forte coloration ethnique Kotocoli (ethnie du centre Togo). Les hommes du Tchaoudjo sont réputés bagarreurs, frondeurs donc ayant des prédispositions révolutionnaires. Sauf que dans le cas actuel, c’est au PNP que revient le mérite d’avoir forcé la main au gouvernement pour renvoyer un avant-projet de révision constitutionnel à l’Assemblée Nationale. L’autre point positif du PNP est d’avoir réuni tous les leaders d’opposition autour de leurs objectifs qui est de manifester pour le retour à la constitution de 1992 au Togo. Dans les deux cas, ce parti a fait fort (sans jeu de mot) pour débloquer une situation dans laquelle se vautrait le régime.

Faut-il continuer par Manifester ?

Oui et Non.

Non parce que si l’opposition politique Togolaise se met à la place du pouvoir en place, elle saura que manifester jusqu’à la tombée de la nuit pour être dispersée à coup de gaz lacrymogène ne fait pas quitter le « pouvoir au pouvoir ». De toutes les manières, il faut s’interroger aujourd’hui. Combien de temps, le PNP qui a si bien réussi à réconcilier l’opposition et la population, pourra jouer sur la spirale de la manifestation : Marche-Gaz-Dispersion. C’est un cycle qui finit par ennuyer tout le monde, y compris les manifestants de la première heure.

Oui, parce qu’il faut arrêter de manifester aujourd’hui et recommencer prochainement. Recommencer, mais cette fois-ci contre l’Assemblée Nationale, si la majorité parlementaire UNIR qui s’y trouve, rejette encore l’avant-projet de révision envoyé par le gouvernement. Le jeu politique Togolais, côté pouvoir, ces derniers mois, a consisté à prouver au Togolais qu’il y a bel et bien, une séparation de pouvoir entre le législatif et l’exécutif. Ce qui permet au Parlement de montrer des signes d’indépendance vis-à-vis du gouvernement en refusant de faire la révision demandée. Eh bien soit ! Que l’opposition rassemble la population en prenant au mot ceux qui chantent la séparation des pouvoirs législatif et exécutif. Et si le parlement ne fait pas la volonté du peuple, que le peuple le lui rappelle ! D’ailleurs, pour ceux qui pensent qu’ils peuvent imiter le Burkina, il sera toujours temps de leur rappeler que le peuple Burkinabè _au départ_ a manifesté contre son Assemblée Nationale, pas contre COMPAORE. Enfin, je dis « imiter » mais bon, sans jamais égaler le saccage et le caillassage des biens publics que constituent les biens meubles et immeubles du siège du parlement. Les Burkinabè l’ont fait de manière incontrôlée; les Togolais peuvent s’en passer.

A ce sujet, Il y bien dans la constitution de 1992 et dans l’actuelle également, un article 46 dont personne ne parle, mais sur lequel le pouvoir s’appuie pour justifier le renvoi devant la justice de manifestants agressifs et grand casseurs de biens devant l’éternel :

Article 46.

Les biens publics sont inviolables.

Toute personne ou tout agent public doit les respecter scrupuleusement et les protéger.

Tout acte de sabotage, de vandalisme, de détournement de biens publics, de corruption, de dilapidation est réprimé dans les conditions prévues par la loi.

Quelles perspectives post-révision constitutionnelle ?

Une chose est sûre. Quelque soit la physionomie de la marche, il va falloir un jour s’asseoir à table en commission mixte pour faire – soit une refonte des textes constitutionnelles – soit (pour les aficionados de raccourci) une révision de texte. Il serait intelligent de ne point braquer ses idées sur une retro-activité sur laquelle le pouvoir n’entend pas transiger, il faut aller vers un verrouillage de mandat présidentiel; et voir en le temps qui restera au pouvoir actuel, une période transitoire vers l’alternance.

Il faut surtout pour l’opposition, préparer les prochaines législatives. L’ANC et son ancien camp des radicaux UFC (aujourd’hui édulcoré) a toujours crié à la fraude aux législatives. Alors même que ces élections ont le caractère d’être spécifique à chaque circonscription. Auraient-ils fait une liste commune de l’opposition en 2013, qu’ils auraient mathématiquement partagé bien plus de sièges avec le parti au pouvoir (voir le caractère arithmétique d’un scrutin proportionnel de liste). Le visage de l’Assemblée aurait bien changé, conduisant même à retourner les lois à l’avantage de l’opposition et par conséquent du peuple qu’ils vont y représenter. Mais que Nenni, l’opposition oublie encore le peuple, aiguisant les appétits et les petites mesquineries en allant en grande désunion avec 2 à 3 listes différentes dans les mêmes circonscription. Les pro-UNIR votent pour un seul parti; le peuple qui veut l’alternance vote pour plusieurs partis en même temps, les voix s’effritent en faveur du pouvoir et on retombe dans les mêmes travers. Dès maintenant, il faut que les listes se préparent, que les meetings se tiennent à des fréquences élevées pour formater le peuple à aider l’opposition unie (grâce au PNP) à changer le visage de l’Assemblée en 2018. L’opposition n’a même pas l’air de savoir qu’il reste moins d’un an pour arriver à de nouvelles consultations législatives.

La diaspora, chantre de la révolution ou la mort

Les message révolutionnaires, demandant l’alternance ou la mort, invitant le peuple à prendre d’assaut Présidence et autres institutions au prix de sa vie, se sont répandus sur les réseaux sociaux. Le pouvoir pense bien faire en coupant le pays du monde par l’arrêt des services internet histoire museler ces violences verbales, pépinières infernales conduisant aux violences en tout genre.

Le pouvoir a t-il tort ou raison ? Trop d’arguments valident le pour ou le contre, et moi même je ne m’y retrouve plus.

Néanmoins, il sera toujours temps de faire face à deux vérités. Marcher sur une institution est considérée comme une atteinte à la sûreté de l’état, voire un coup d’état. A un moment donné, l’armée active son rôle de protection des institutions en tirant sur les foules agressives. Et après, tout n’est que décompte en nombre de morts pour soit attendrir les militaires qui se retournent contre le pouvoir / ou au contraire continuent de le protéger en faisant planer la peur sur le pays. Nous avons déjà expérimenté plusieurs fois ce second cas au Togo. Qui nous dis que cette fois-ci ça sera différent ?

Une pacification violente, avec son lot de morts qui n’arrange en rien les affaires de l’opposition ? A ce jour, rien ne dit que le Togo finirait comme le Burkina. A plus fortes raisons, ces pays n’ont pas la même histoire et démontrer qu’une armée prendrait fait et cause pour un peuple voulant dégager les institutions togolaises est une profonde gageure.

De loin, quand on regarde les harangueurs par réseaux sociaux interposés, demandant au peuple de renverser un pouvoir si sûr de lui, jusqu’à concurrence de quel quota de morts le peuple doit aller pour leur cueillir une alternance avec son lot de destruction d’infrastructures (celui du Burkina, de la Côte d’Ivoire ou même du Rwanda, le record en Afrique).

Quelle lutte pour de meilleurs lendemains ?

Aujourd’hui il faut choisir. Attraper un raccourci mortel, en plongeant un pays dans une instabilité dont on ne connaît pas la fin; ou travailler dans l’opposition pour gagner petit à petit, le pouvoir à la cause du peuple. C’est à cette seule condition que ceux qui prétendent aujourd’hui détenir la force, s’en iront le coeur léger, et que ceux qui prétendent à la magistrature suprême, viendront sans inquiétude. Une alternance pacifique et non pacifiée !

Quand on aspire à un changement tel que le nôtre, les inconnues sont légions. Il faut remettre les équations dans le bon sens et refaire les bons calculs. Les manifestants ont fait leur part en aidant à remettre au goût du jour cette révision constitutionnelle à l’Assemblée qui se réunit prochainement. Il faut que l’opposition fasse la sienne, en arrêtant de ramener facilement des hommes à la rue; Elle est l’opposition parce qu’elle doit faire un travail qui est bien au contraire difficile, celui de savoir jouer avec les règles que lui fixe le pouvoir, afin de lui ravir le changement.

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Eteh Komla ADZIMAHE
Le méchant qui se repose. Ecrivant à l'envi et par envie. Sujets où relever un peu de bêtise humaine. Retourner le fumier dans la terre pour obtenir de belles récoltes.
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