La Bonne, la Brute et le Juan

Kofi est gérant du bar du quartier depuis seulement un mois. Mais Kofi a déjà mis les petites employées de maison du quartier dans son lit. Kofi est un séducteur, toujours bien sapé, joli garçon sans produit ghanéen, grand coureur de jupon de bonne devant l’éternel, grâce à sa classe et à son style inégalé. Sa garde-robe est très fournie grâce aux ballots de vêtements France-au-revoir, communément appelé Friperie, ou « Obroni Wewou » (le blanc est mort, voici ses habits) qu’il a le don de dénicher à moindre coût au marché. Il est Le Juan (Dom).

Kofi lorgnait depuis son arrivée dans le quartier sur la petite Aoua. Employée de maison dans l’habitation en face au bar. Malgré son jeune âge qui se transparaît sur son visage, Aoua pouvait facilement s’appeler Derrière (son prénom) d’Enfer (son nom de famille). Fusse t-elle fille du diable ou eut-elle le diable au corps, sa démarche alerte et rapide, quand elle allait ou revenait du marché, faisait vibrer ses lobes fessiers par derrière, et sautiller sa poitrine par devant. Les seins fermes et menus dont les tétons pointaient à 15h (droits devant elle) dans ses robes qui lui moulaient le derrière. Si elle avait été fille de partie ou de joie, on aurait sûrement conclu sans se méprendre qu’elle s’est assise très tôt sur son gagne-pain. Kofi l’avait réservé comme on garde le meilleur pour la fin. Elle devait être la cerise rouge et sucrée qu’il fallait sucer jusqu’au grain, l’os qu’il fallait ronger jusqu’à la moelle pour clore son palmarès. En tout cas ! s’il ne s’agissait que de la petite Aoua là, Kofi avait déjà écrit son nom sur une boîte de préservatifs. Aoua est la bonne.

Or Kofi n’était pas le seul à faire des plans sur la petite bonne de la maison d’en face. Le fils de la voisine, Toyo, ancien Héroïnomane, ancien cocaïnomane, ancien bodybuilder, ancien loubard, ancien brigand (et là je me demande pourquoi je n’ai pas mis Ancien en produit de facteur, pour lister ses professions intimes) couvait toujours Aoua d’un regard énamouré quand elle passait. Toyo, l’homme qui a rencontré Dieu depuis un an, ne jure que par la Bible; surtout par la partie où arrive le personnage très tôt crucifié, sitôt ressuscité Jésus-Christ. Combien de fois, Toyo n’a t-il pas invoqué son saint nom, quand il demandait l’aide de Dieu pour gagner le coeur d’Aoua. Au nom de Jésus, que Aoua soit mienne, Amen ! Toyo est la brute.

Dès les premières TAP (Technique d’Approche) de Kofi, des jurons fusèrent des lèvres à la Angelina Jolie de de la jolie Aoua. Toi qui a promené ta chose là dans tous les trous qui bougent dans quartier-là, tu veux me faire quoi ! avait-elle jeté à la figure du chaud lapin de Kofi. Mais bientôt les jurons Tchrouuuuuuuuuu, devinrent des bisous sur la joue de Kofi Tchrouuuuuuuu. Puis sur sa bouche… et un soir, sur une musique de Noel, de Boney M, Kofi et Aoua prirent langue (dans tous les sens du terme) des besoins charnels qu’ils satisferont bientôt.

  • Demain
  • Non, demain-là, je sais pas… (Kofi toucha quelques points sensibles de Aoua). Aw! ses yeux s’aggrandirent tels un personnage de mangas… arrête de me toucher comme ça la oooooh…
  • Ok j’arrête
  • Tchoooo, pourquoi tu t’arrêtes maaaa… ok demain, demain laaaaa chéri Kofi

En cette soirée de grâce du 23 Décembre 2016, la sonnerie du portable de Kofi avait retenti telles les trompettes de Jericho. C’était le signe que la voie était libre dans la maison de Aoua. Ses employeurs (le mari et sa femme) dormaient. Seulement, problème ! la fille venait de lui annoncer que la soeur de Madame était sortie avec la seule clé du portail qui lui restait. Elle n’allait pas pouvoir lui ouvrir.

Découragement n’est pas togolais ! Roméo a bien escaladé le mur pour se pencher à la fenêtre de Juliette. Kofi fera le mur pour aller s’enfoncer dans le fourreau magique de Aoua. Il a trop rêvé de ça là. Le châssis de cette fille devrait être limé cette nuit vaille que vaille. Même si une partie des plaies de l’Egypte s’abattait sur le quartier ce soir, ce ne sera ni la grêle, ni les sauterelles qui arrêteront Kofi.

Kofi fit un pas chassé, puis deux pas et en un clin d’oeil, avec la dextérité d’un chat noir, il fut sur le mur. Seulement, si la nuit, tous les chats sont gris, certains yeux tourmentés et indiscrets distinguent les formes, surtout celles humaines, montant le mur du voisin avec des intentions clairement pas honnêtes.

Toyo, puisqu’il s’agissait de lui ne trouvait plus le sommeil depuis deux jours, pensant à Aoua, l’amour secret de sa vie. Dans son ancienne vie de loubard, Toyo avait la fille qu’il voulait par la seule force de sa volonté et de ses gros bras aussi (évidemment). Mais à présent qu’il avait rejeté cette mauvaise vie, il se rendait compte qu’il ne savait pas parler à une femme. Plus tôt dans la journée, il s’était d’ailleurs confié au pasteur de son église. L’amour le brûlait, mais il ne pouvait pas l’exprimer à celle qui sans le vouloir attisait ce feu de sentiments. Le pasteur avait alors prié avec lui, et en le raccompagnant, il le bénit : Va en paix mon fils. Toyo effectivement alla, mais il ne trouva pas la paix. Perché sur le balcon de sa maison, il vit passer comme une sorte de guerrier Ninja, sur le mur du voisin. Un sourire lui barra le visage. Ce soir là, Dieu était sur son cheval blanc.

Mais pour un court instant, on aurait dit que Satan avait pris contrôle de Toyo. Il rugit ! cria au voleur, courut vers sa chambre, s’abaissa, tira deux machettes du dessous du lit, et se mit à dévaler l’escalier à toute vitesse, tout en continuant par crier au voleur. Les cambriolages devenant légions dans le quartier, Toyo s’était organisé avec ses amis ex-loubards, gros tas de muscles et autres armoires à glace, taillés dans le même bois. Si l’un d’eux donnait un coup de sifflet, les autres devraient se mettre à souffler eux aussi de toutes leurs forces dans les leurs, tout en tentant de localiser la provenance du premier coup de sifflet. Ce qui évidemment arriva. Les grands baraqués du quartier s’interpellaient à voix haute. Toyo en tête, les deux machettes croisées sur sa poitrine, sauta à son tour le mur et se dirigea vers la porte ouverte par laquelle il vit l’individu suspect se glisser quelques minutes plus tôt. Les autres ex-pairs loubards (ou experts loubards ?) de Toyo le suivirent telles des tortues ninja sous stéroïdes.

Soufflant comme un taureau, il manqua de peu de fracasser la porte ! Où il est ? Où il est ? Aoua, effrayée, jura n’avoir vu personne. Toyo, la rassura ! il y a un voleur qui est rentré, mais je suis là, rien ne va t’arriver. je vais le sortir tu vas voir.

Toyo, commença par passer les lames de ses machettes en décrivant des mouvements de bras croisés puis décroisés au sol, dans l’armoire, dans les coins de la chambre, sans succès. Puis il s’arrêta et sourit. Il fit signe à Aoua de ne pas faire de bruit, et brusquement, passa dans les deux sens, ses machettes sous le lit. Les glaives de l’éternel firent tout de suite de l’effet. Un sourd couinement retentit en dessous du matelas d’Aoua. Kofi effleuré par les lames d’une des machettes continua de couiner jusqu’à ce qu’il se sente soulever du sol par un bras puissant. Ahannnnnnnnnnnnn ! Donc c’est toi qui a volé les poulets du voisin la fois passé. Tu m’as toujours semblé suspect dans le quartier. Tu fais barman le jour pour observer là où tu vas frapper la nuit ! beuglait Toyo, les yeux écarquillés. Kofi demandait pardon, les larmes, la morve, coulant des orifices de son visage. Jeté au dehors et vite happé par d’autres gros bras, le joli garçon reçut tellement de coup du plat des machettes sur ses fesses, qu’il ne put s’asseoir au commissariat.

Pendant que les camarades à Toyo et autres badauds alertés s’occupaient du pauvre Kofi sous les yeux hagards des employeurs d’Aoua, encore un peu sonnés par ce réveil brusque, Toyo aidait Aoua à remettre de l’ordre dans sa chambre, ayant un peu trop bousculé les affaires de la pauvre petite. Les muscles encore saillants, mais le regard adouci, il se confondait en excuse, promettant même de rembourser s’il le faut d’éventuels objets brisés, etc. Aoua le rassurait, Toyo la Ré-Assurait. Cela créa tout de suite une petite complicité entre eux deux : Assureur/Réassureur.

Aujourd’hui 25 décembre au matin, il est déjà prévu que Aoua accompagne Toyo à l’église, pour louer le seigneur, et le remercier de les avoir aidé à démasquer le voleur Kofi (même s’il en n’était pas un). Quand Toyo referme sa main autour des hanches en amphore de la petite Aoua, cela raffermit sa foi. Les voies du seigneur sont impénétrables. Mais celle d’Aoua… Bientôt…

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Eteh Komla ADZIMAHE
Le méchant qui se repose. Ecrivant à l'envi et par envie. Sujets où relever un peu de bêtise humaine. Retourner le fumier dans la terre pour obtenir de belles récoltes.
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7 Comments

  1. belizem
    25 décembre 2016
    Reply

    Allelua..il est née le divin enfant… Toyo lui a déjà mis le petit Jésus dans la crèche…joyeux noël alors.pauvre koffi

    • Eteh Komla ADZIMAHE
      25 décembre 2016
      Reply

      Tes métaphores … hum… hum… ce qui me rassure, c’est que moi je n’ai fait que montrer la voie (ou les voies), c’est selon

  2. 26 décembre 2016
    Reply

    L’histoire est de tout très passionnante et passionnée. Passionnée par des multiples lexique et figure très nouvelles a mob goût. Toutefois, un texte, peu importe, sa nature est sensé apporter ou rapporter un fait. De plus lancer une sorte d’equivoque. Votre billet, nous apporte quoi? Votre pris de position est très claire alors. Je ressens qu’un jour, vous vois étés fait enlevé votre Angelina jolie. Par quelle facilité, vous avez parmis a cet « Ancien » de conquérir me coeur de « Juliette » « Aoua » ?
    De ces tas de questions, je me persuade que l’acte 2 est possible et surtout envisageable.

    Félicitation pour la correction hollydienne qu’à eu « Juan » « Kofi »

    • Eteh Komla ADZIMAHE
      26 décembre 2016
      Reply

      Merci frère. Allez, on va dire en gros que ce billet est une fiction. Découle t-il d’un fait réel ? oui, évidemment. Bon après, il a été rhabillé, déshabillé, rhabillé, allez, en gros j’ai voulu garder le côté mi-nu, mi vêtu, pour que ça soit sexy. Il n’y aura hélas pas d’acte 2. Car je vais bientôt m’auto-octroyer des congés sur mon blog… et puis pour mes personnages, je suis Dieu tout puissant, et comme je dispose d’eux comme je veux… je me dis que je vais laisser Kofi en prison, n’en déplaise à vous ses admirateurs… ahahaha

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