Pour ce que valent les Evalas…

BEFORE-SCRIPTUM : Par les temps qui courent, qui s’arrêtent, qui marchent, trébuchent, voire même dérapent, j’ai des penchants suicidaires. Je prends à bras le corps (quoique à mon corps défendant, peut-être même offensant) des causes perdues, envers et contre tous, tout l’assentiment général. Chacun voit midi à sa porte n’est-ce pas ? Alors j’y vais vraiment Franco hein… (avec même un peu de tout puissant ok Jazz peut-être ?) : j’expose par exemple ce que je pense contre tous ceux qui feraient de la lèche aux Toofans, alors que ces derniers auraient fait une bonne marque de papier-toilette (pour cul-terreux et autres cul-coincés, joindre l’inutile à l’agréable)… De ce fait, les lignes qui viennent ne sont définitivement pas plaisantes pour ceux qui n’aiment pas aller au-delà de la pensée unique, et un peu basique, dictée par la masse populaire (populaire et facilement manipulable). Ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont raison…

Les Evalas, approche hésitante de définition

A la différence des autres fêtes traditionnelles au Togo, où l’on déloge une pierre sacrée une fois par an, pour la montrer à toute une assistance avant de la ramener dans sa forêt confortable (Epé-yékpé des minas), ou encore où l’on célèbre les premières cultures spécifiques à nos régions respectives (Ayizan chez les watchi, Dpontr en pays bassar) etc, chez les Kabyè, on affronte dans une lutte au corps-à-corps un adversaire d’un village voisin. L’ethnie kabyè est réputée être un peuple de guerriers, ayant l’habitude un peu spéciale de festoyer en brandissant fourches, arc, flèches et machettes (armes blanches); comme les Afghans et autres peuples du Moyen-Orient qui tirent des balles de kalach en l’air pour leurs mariage ? Chacun son truc ! me direz-vous.

A un ami Kabyè j’ai dit un jour de lumineuse saloperie, qu’il y a sûrement une nana Kabyè du nom de Val (pour Valérie) qui a dû terrasser un mec de la même ethnie. Tous ses amis, proches parents alliés, ont dû crier « Eeeeeeeeeeeh Val làààààààà !!! » De là naquit Evala (Eh Val là), interjection marquant l’étonnement après qu’une Kabyè ait terrassé un adversaire de sexe opposé (ou non). Mon ami n’a pas ri. Il n’avait pas le sens de l’humour… le sujet était apparemment délicat. Ceci dit, la dernière partie de ma fausse explication est vraie. C’est un championnat où l’on se terrasse les uns les autres, tous étant égaux par ailleurs en tant que groupe ethnique rompu à la technique agricole de la culture en terrasse sur les monts Kabyè. Le terrassement dans un sens comme dans l’autre, chez eux, c’est dans le sang. Et le résultat, ce sont les luttes traditionnelles en pays kabyè, rite initiatique pour le passage de l’adolescence à l’âge adulte réservé à tous les mâles de l’ethnie (en mal de sensations fortes ou non).

Il est d’autant plus intéressant de se rendre compte chez l’être humain, de l’intérêt porté aux spectacles où les homo-sapiens, bipèdes sans poils ni cornes s’affrontent. Rome avaient ses gladiateurs qui ne ressortaient du Colisée que mort ou vif, Rome, cet empire dont la civilisation montra au monde les voies de la politique, de la démocratie et du décorum des arts de la table, Rome pourtant si barbare… Alors si en pays Kabyè, si on ne s’en tient à ne mettre que les adversaires K.O. … Qui aime rater un spectacle de combat corps à corps lève le doigt !

Que coûtent les Evalas au contribuable togolais ?

C’est la question qui fâche. L’une de mes grandes amies twittos (par opposé à petite-amie) n’a pas sa langue dans sa poche. Attention série de tweets au vitriol :

Une partie de l’opinion voit en ces festivités traditionnelles kabyè, une petite gabegie financière creusant sa part de trou dans les fonds de l’Etat. Vrai ou faux ?

Au gré de vous décevoir, sachez que je ne sais pas ! Alors pourquoi j’en parle ? bah parce que tout le monde parle de ce qu’il ne sait pas ! Dans le doute, il vaut mieux s’abstenir n’est-ce pas ?

Les premiers mois de la Présidence Faure en 2005 ont eu le mérite de formaliser les fêtes traditionnelles voire informelles du Togo. Il se murmurait et se susurrait qu’on avait décidé en haut lieu d’allouer des fonds à chacune de ces célébrations. Ceci allant bien évidemment dans le sens de la réconciliation entre les filles et fils du pays. Le doute a été d’ailleurs définitivement levé avec le spectacle lamentable offert par les preneurs de pierre sacré de Glidji. Ils allaient confirmer sans le savoir et le vouloir que chaque fête traditionnelle valait son pesant d’or sous la présidence Merci Papa Faure. Divisés, voici quelques années, autour de la question de qui gère le budget de la cérémonie de prise de la pierre sacrée, on apprit en 2012 que ceux qui organisèrent in fine les festivités furent chassés à coup de pierre, par ceux qui voulaient eux aussi l’organiser. Les prêtres de la forêt sacré, les officiels, le reste de l’assistance, tout le monde aurait pris ses jambes au cou. La scène hilarante de bibendums noirs courant comme des dératés a prouvé une fois de plus que la peur donnait des ailes. Il s’en est fallu de peu pour qu’ils apprissent à voler. Ironie du sort, la pierre prise cette année-là arborait une couleur blanche. Une couleur qui apporte un message de paix pour les filles et fils du Togo.

Les dieux ont de l’humour; les humains, c’est plus délicat.

Loin s’en faut, la corne d’abondance qui divise chez les porteurs de pierre sacré, rehausse l’éclat de luttes traditionnelles sous d’autres cieux. Et – peut-être – pour un peu de charité commençant par ses propres origines, le Président met-il un peu du sien et de sa poche aussi pour donner un cachet spécial à la fête… ou les cachets spéciaux reçus par Yemi Alade et autres artistes de renoms, invités pour l’occasion à une soirée Evala Fashion Show, en marge du championnat de lutte.

D’où l’affaire Ferrari

Ceux qui pensent qu’il y a trop d’argent mis dans les Evalas, « sans savoir exactement combien a été officiellement ou officieusement mis », ont trouvé en la présence de Yemi Alade, étoile montante de la musique nigériane, une raison suffisante pour affirmer tout de go que les Evalas coûtaient trop chers au pays. Après sa prestation à la soirée Evala Fashion Show, la chercheuse de Johnny publie sur Facebook un remerciement à Faure Gnassingbe où elle ajoute : « Still waiting for my ferrari » : j’attends toujours ma ferrari.

Ce jour là, une sourde plainte gronda alors au sein même du peuple rassemblé sur Twitter. La preuve dans le tweet qui vient, que j’appris à mes dépens :

C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, l’étincelle qui met le feu aux poudres, le tweet enrage la twittosphère ! Les internautes sont convaincus que le président, charmé par la jolie nigériane voulait offrir à cette dernière, une italienne à grande vitesse ; comme le raconte Jeune Afrique avec un peu d’humour dans La Ferrari, la star et le Président.

Yemi Alade et son Community Manager zélé ont mis trop de « piment dans la sauce« . Les gars du service de com de la présidence du Togo ont sauté au plafond. Et visiblement, la chanteuse a été recadrée par leurs soins. Pour rattraper la bourde, un tweet moins prolixe où la star se contente d’un « Merci Beaucoup Sir ». (En tout cas, elle tenait à remercier le président).

Si les fruits tiennent les promesses fleurs, que les lendemains ne chantent pas faux, et que  Yemi Alade arrive à avoir une Ferrari par ses propres moyens ou par d’autres moyens, il ne sera pas difficile à ses fans de ré-alimenter cette rumeur; laissant entendre qu’elle a pu été offerte par un chef d’état. Accroissant sa notoriété de chanteuse tellement belle et douée pour son art que les Chefs d’Etat se bousculent au portillon pour lui offrir des voitures de luxe. Ceci expliquant cela.

Je suis sûr que les détracteurs qui se font manipuler par les petites intox de bas étage se sont laissés aller à l’hypertension et à un peu d’infarctus pour une Ferrari qui n’existe que de nom.

Que Conclure ?

Ne vivons-nous pas finalement une époque formidable ? La masse populaire en général est en proie aux petits quolibets et aux rumeurs de comptoir qui alimentent les discussions inutiles, terreau des analyses grossièrement erronées. L’ignorance ayant élue domicile dans la plupart des crânes, les jugements hâtifs sont portés sur untel ou untel sur la base de petites passions étriquées contribuant à retarder la réflexion collective togolaise. Sur cette terre de nos aïeux, rien ne contribue à élever la qualité du débat national… on nous a trop bien appris à nous éloigner des sujets importants pour s’attaquer aux menus-fretin où il n’y a aucun bénéfice à retirer. Il va bien falloir un jour apprendre à chercher la cause profonde des choses, avant de les juger et de les condamner. Ou sinon, nous contribuerons à reculer, ceux qui viennent, dans la marche du monde.

Mieux encore, ce que valent les Evalas en fin de compte ? C’est de forger des jeunes qui ont un mental de résistant, des battants contre le cortège de difficultés de la vie. C’est aussi simple que cela.

POST-SCRIPTUM : Un jeune homme qui n’a jamais fait Evala (et pour cause, ayant géographiquement râté de peu son appartenance ethnique, quelle chance) a pris des photos  de la dernière édition en date. Si vous voulez jouer de la souris pour admirer le spectacle, c’est ici.

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Eteh Komla ADZIMAHE
Le méchant qui se repose. Ecrivant à l'envi et par envie. Sujets où relever un peu de bêtise humaine. Retourner le fumier dans la terre pour obtenir de belles récoltes.
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6 Comments

  1. 22 juillet 2016
    Reply

    Formidable!!! Époustouflant! Je n’ai pas su à quel moment je suis arrivé à la fin de l’article, tellement c’est bien écrit et intéressant. Je suis un novice dans l’univers passionnant du blog et le style avec lequel tu écris m’inspire beaucoup, merci. A bientôt!

    • Eteh Komla ADZIMAHE
      23 juillet 2016
      Reply

      Tu n’as pas su à quel moment tu es arrivé à la fin de l’article parce que moi même je me suis essoufflé :mrgreen: . Ceci dit, c’est sympa d’être passé éval-uer mes écrits évalas. 😉

  2. renaudoss
    25 juillet 2016
    Reply

    Mort de rire (jaune?)!
    d’Evala à la Ferrari de l’autre en passant par notre ékpé-ékpé bleu turquoise, ou comment faire d’une pierre trois terrassements! ( et faire grossir le groupe des gens qui voudront ta peau! 😉 )

    • Eteh Komla ADZIMAHE
      25 juillet 2016
      Reply

      Mr Renaud, faire d’une pierre trois terrassements ! 🙂 Vous êtes un salaud de première. ET de vous à moi, c’est un compliment !

  3. benedicta
    Bénédicta
    27 juillet 2016
    Reply

    Du salaud plus rien ne m’étonne, toujours beaucoup de lumière et de réflexion dans tes billets….qui ne sont pas moisis pour un sous!!!!bravo….

    • Eteh Komla ADZIMAHE
      3 août 2016
      Reply

      Très chère… si vous vous sentez heureuse sur cette page… croyez que cela n’a été écrit que pour des personnes comme vous… vous faites partie d’un cercle très fermé de lecteurs avisé de la saloperie telle qu’illuminée. Merci d’être l’étincelle qui déborde le vase, la goutte d’eau qui met le feu aux poudres

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